Jeudi 6 août 2009
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La police soudanaise est intervenue mardi à coups de gaz lacrymogènes et de matraques pour disperser la cinquantaine de Soudanaises, qui manifestaient devant le
tribunal de Khartoum où une journaliste encourt 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon en public, en violation de la loi islamique en vigueur dans ce pays.
Certaines des manifestantes portaient des pantalons en signe de solidarité avec Lubna Hussein, qui risque la flagellation pour "tenue indécente". Aucun blessé
n'était signalé dans l'immédiat, mais des témoins ont dit avoir vu des policiers armés de matraque frapper l'un des avocats de la jeune femme, Manal Awad Khogali, tout en maintenant à l'écart
journalistes et caméras.
Pendant que la police dispersait la manifestation devant le tribunal de Khartoum, le juge a suspendu le procès de la jeune femme pour un mois, le temps de demander
des éclaircissements au ministère soudanais des Affaires étrangères.
Le procès, qui s'était ouvert mercredi dernier, avait été immédiatement ajourné pour permettre à la jeune femme de démissionner du service médias de la mission des
Nations unies au Soudan -un poste qui lui aurait valu l'immunité. Un avocat de la défense Jalal al-Sayed a déclaré devant la presse mardi que le juge voulait savoir si elle bénéficiait encore de
l'immunité, ses supérieurs n'ayant pas encore accepté sa démission.
Lubna Hussein faisait partie d'un groupe de 13 femmes interpellées le 3 juillet dernier lors d'une opération de police dans un célèbre café de la capitale
soudanaise. Deux jours plus tard, dix d'entre elles ont été flagellées dans un poste de police et ont écopé d'une amende de 250 livres soudanaises (83 euros).
Mais Lubna Hussein et deux autres femmes ont décidé d'aller jusqu'au procès, entendant en faire une tribune contre l'oppression de la femme par le régime islamique
soudanais.
Les pantalons sont considérés comme indécents dans la stricte interprétation de la charia, la loi islamique adopté par le régime de Khartoum depuis le coup d'Etat
militaire conduit par le président Omar el-Béchir en 1989. Mme Hussein dit vouloir défier la loi et le code vestimentaire imposé aux femmes et a invité les travailleurs humanitaires, diplomates
étrangers ainsi que ses confrères à venir assister au procès.
Devant les journalistes, elle a dit espérer un verdict rapide mais a ajouté qu'elle ignorait si elle pourrait faire appel de la sentence. Les procès pour troubles
de l'ordre public sont habituellement rapidement menés et les sentences appliquées pratiquement dans la foulée.
"Je suis prête quoi qu'il puisse arriver", a dit Lubna Hussein à l'Associated Press, ajoutant que cette manifestation de femmes était la démonstration de ce que
"les Soudanaises d'origines sociale ou politique différentes se tiennent à nos côtés".
"Je n'ai pas peur de la flagellation (...) Il ne s'agit pas de flagellation. Il s'agit de mon innocence. Il s'agit de changer la loi", a-t-elle expliqué, précisant
qu'elle était prête à porter l'affaire devant la cour constitutionnelle soudanaise si nécessaire. En cas de condamnation, "je suis prête à recevoir 40.000 coups de fouet", a-t-elle
déclaré.
Loubna Hussein portait mardi les mêmes vêtements que ceux qu'elle avait le jour de son arrestation, y compris son pantalon. Elle a expliqué mettre cette tenue
chaque jour pour attirer l'attention sur son affaire.
Devant le tribunal, certaines des manifestantes avaient aussi revêtu un pantalon tandis que d'autres portaient un hidjab, le voile islamique traditionnel recouvrant
la tête et les épaules.
"Nous sommes ici pour protester contre cette loi qui opprime les femmes et les avilit", a déclaré Amal Habani, une éditorialiste du quotidien "Ajraa al-Hurria"
("Les Cloches de la Liberté" en arabe, NDLR).
La semaine dernière, l'union syndicale du personnel de l'ONU avait exhorté les autorités à ne pas fouetter Lubna Hussein, jugeant cette sanction cruelle, inhumaine
et dégradante.
Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit "profondément inquiet", soulignant que la flagellation constituait une violation des normes
internationales en matière de droits de l'Homme.
Par Mohamed Osman, The Associated Press