Je viens de recevoir dans ma boite cet article de Marlène Tuininga, journaliste
indépendante, que j'ai envie de vous partager pour son analyse intéressante et ses exemples de groupes de femmes que je considère comme sources d'inspiration pour chaque être humain...
Personnellement, je ne me sens pas féministe, le féminisme a été important à une époque mais utilise l'agressivité négative pour s'imposer et notre monde n'a plus besoin de cela, il faut bien
au contraire contre balancer cette attitude devenue "normale" en se dirigeant vers une communication non-violente, un raffinement des pensées, des actes... Je me sens humaniste féminine,
convaincu qu'hommes et femmes sont dotés de qualités d'amour, de raffinement et de non-violence naturellement, mais que l'éducation reçue et la culture dans laquelle notre monde actuel baigne
poussent les uns dans une direction et les unes dans l'autre en agrandissant le fossé et en divisant, au lieu d'unir... Heureusement, le monde change, guidé par des êtres hors du commun, comme
le furent Gandhi, Martin Luther King, Jésus, Alice Paul, Lucie
Burns et comme le sont aujourd'hui Raël, le Dalaï-Lama, Nelson Mandela,
...
Quand les femmes changent le monde, article de Marlène Tuininga
Ayant pas mal voyagé autour du monde, d’abord en famille, puis en tant que reporter à La Vie et aux Informations catholiques internationales devenues, plus
tard, L’actualité religieuse dans le monde, j’ai toujours été intriguée par le décalage complet entre la vision du monde qui domine dans les pays du Sud et celle que nous
connaissons ici.
Partie à la retraite, j’ai voulu continuer à explorer ces différences dans l’espoir de partager mes découvertes avec d’autres en travaillant désormais « pour la
bonne cause ». Une de ces découvertes fut de constater comment la mondialisation était en train de transformer ce qu’on appelait alors les pays du tiers-monde, en entités économiques
complètement dépendantes des besoins des pays riches, faisant des habitants qui jusque-là étaient pauvres, comme l’a si bien décrit Majid Rahnema, des misérables. L’autre fut l’incroyable force
et l’immense courage des femmes.
Pourtant, lorsque, des responsables de la Fondation Charles Léopold Mayer m’ont demandé d’effectuer, dans le cadre de leur
collection « Cultures de paix » une enquête sur le thème « les femmes et la paix », j’ai d’abord accueilli cette proposition avec scepticisme. Certes, en tant que féministe,
j’étais bien consciente que les femmes sont, avec les enfants, les premières victimes des guerres et des conflits, mais je savais aussi, toujours en tant que féministe post-Simone de Beauvoir,
que rien, biologiquement, ne prédestine les femmes à être plus pacifiques que les hommes.
Une trentaine de pays visités au cours de trois années d’enquêtes à travers le monde m’ont fait, sans pour autant revenir sur ces premières idées, découvrir une réalité tout à fait surprenante
et à peine connue : dans pratiquement tous les pays où sévissent des guerres et des conflits, des femmes, des groupes de femmes jouent un rôle essentiel pour sauvegarder ou pour rétablir
la paix. Un rôle très souvent solitaire, souvent ignoré, parfois même moqué et insulté. J’ai voulu en avoir le cœur net : partout où je suis passée, j’ai donc posé la question :
“Pourquoi n’êtes-vous qu’entre femmes ? Où sont les hommes ?
Quatre années après avoir publié le livre où je rends compte de ces voyages (Femmes contre les guerres – carnets d’une
correspondante de paix, chez DdB) et à la suite de plusieurs autres voyages, je crois pouvoir indiquer trois raisons qui expliquent pourquoi il se trouve des femmes – bien sûr, pas toutes
les femmes - qui agissent autrement que la majorité des hommes. Je voudrais souligner que ces actions de femmes se mettent en place, la plupart du temps, seulement là où les hommes
disparaissent, soit à la guerre, soit en prison, soit émigrés, en exil ou décédés. Quelques exemples pourront illustrer ces motivations et ces actions.
Premièrement, les femmes donnent la priorité à la vie, à la survie et à la vie quotidienne. Exemples : les Mères de la place de
Mai, en Argentine, qui, portées par l’amour pour leurs fils et leurs filles enlevés et tués par un régime dictatorial, continuent à se battre pour sauvegarder leur mémoire, tout en aidant des
jeunes. Ou encore ces femmes israéliennes qui demandent qu’en négociant le partage des terres entre Israël et la Palestine, au lieu de compter en pourcentages de territoire, on tienne compte de
la situation des sources d’eau et des terres arables. Et ces veuves et femmes de prisonniers africaines qui ont appris à cultiver la terre, ce qui jusque-là leur était interdit. Et ce sont
surtout des chercheuses qui travaillent aujourd’hui sur le concept de « sécurité humaine » comme alternative à celui de sécurité militaire.
Deuxièmement, les femmes respectent la dignité humaine, y compris celles des « autres », autrement dit elles sont attachées
à un certain universalisme. Exemple : lors de la négociation des accords dit « du Vendredi saint », en 1998 en Irlande du Nord, c’est un parti de femmes, composé à moitié de
catholiques et à moitié de protestantes, qui a réussi à introduire dans le texte final des dispositions en faveur des immigrés, des personnes handicapées et des personnes âgées. Pendant toutes
les guerres de la Serbie contre les autres républiques de l’ex-Yougoslavie, les “Femmes en noir” de ce pays ont maintenu les liens avec leurs amies croates, bosniaques et slovènes, tout en
manifestant publiquement contre ces guerres. Dignité veut aussi dire responsabilité et devoir de mémoire, ce qui implique souvent la lutte contre l’impunité. Ainsi en Inde et au Pakistan, il
existe des groupes de femmes qui, par des publications et des manifestations, cherchent à faire la lumière sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé le partage entre les deux pays en
1948.
Troisièmement, plus souvent semble-t-il que les hommes, les femmes ont recours au bon sens. N’était-ce pas une fille qui s’est écriée
que “le roi est nu” ?! Dans les pays « de la rivière Mano » (Liberia, Guinée et Sierra Leone), elles ont ignoré les frontières fixées par les colonisateurs pour lancer leur campagne
contre les luttes interminables entre clans, tout en dénonçant les causes de ces conflits : l’exploitation des ressources de ces pays et le trafic d’armes. Ce furent des femmes aussi qui,
lors du Traité de Versailles conclu à l’issue de la Première guerre mondiale, avaient mis en garde contre le risque que son caractère humiliant pour l’Allemagne débouche sur une nouvelle guerre.
Partout dans le monde, les associations de femmes dénonçant la déraison de l’arme nucléaire et des autres dépenses militaires se multiplient. Beaucoup se réclament explicitement de la
non-violence, à la fois comme choix de société et comme stratégie plus efficace que la guerre pour résoudre les conflits. Et c’est à travers ce choix pour la non-violence que se touchent et se
croisent ce que j’appellerais les trois piliers de la sagesse féminine, nés non pas de leur nature, mais de leur vécu et de leur expérience de la vie.
Je conclurai en citant un dicton venu du Nicaragua révolutionnaire : « Une femme qui entre
en politique : la politique la change. Un groupe de femmes entre en politique : elles changent la politique. » Pour moi, ce sont les femmes du Sud, en particulier les femmes
vivant dans les conflits, qui nous montrent le chemin de ce changement.